Alexis Membre du Cercle Magique d’Alsace sur scène lors d’un gala de magie
Alexis Membre du Cercle Magique d’Alsace sur scène lors d’un gala de magie

Notre objectif est de permettre à des personnes atteintes d’une déficience intellectuelle de s’exprimer à travers l’art de la prestidigitation. Nous leur offrons la possibilité de participer à un projet collectif. Chacun verra ses capacités valorisées à travers l’imaginaire et le plaisir. Nous cherchons à favoriser l’abandon à l’expression et la découverte de soi, et de l’autre..

S’exposer au regard des autres sur une scène, montrer des savoirs et des techniques, c’est dépasser le risque du regard compassionnel pour être accepté et reconnu. Bref sortir de l’assistanat et de la dépendance. Osé livrer une part de soi, c’est un acte de revendication à l’existence.

L’homme serait un individu qui pense pour Descartes, qui juge pour Kant, qui rit chez Rabelais ou encore qui travaille pour Marx.

Bon nombre de personnes en situation de handicap mental, ne peuvent satisfaire aucune de ces définitions, mais cela doit-il pour autant remettre en cause leur humanité et leurs droits les plus fondamentaux ? Bien sûr que non.

L’état français a tenté de remédier à cette situation en promulguant de nombreuses lois. La plus connue est la loi d’orientation du 30 juin 1975. L’article 1 stipule que l’intégration sociale, l’accès aux sports, aux loisirs et à la culture est une obligation nationale.

Alors, qu’est-ce donc que la déficience mentale?

On admet aujourd’hui que trois critères doivent coexister pour que le diagnostic de déficience mentale puisse être retenu :

  1. Le fonctionnement intellectuel général doit être significativement inférieur à la moyenne. Des tests psychologiques ont été élaborés pour mesurer l’intelligence. Dans la déficience mentale ce chiffre appelé QI (quotient intellectuel) est inférieur à 70.
  2. Le comportement adaptatif est altéré. On appelle comportement adaptatif, la capacité d’une personne à répondre aux normes de son âge dans des secteurs tels que la communication par la parole ou l’écriture, les tâches de la vie quotidienne, la responsabilité sociale, l’indépendance personnelle.
  3. Le début de l’affection doit se situer avant l’âge de 18 ans. Ainsi on ne parlera pas de déficience intellectuelle chez une personne adulte qui par accident ou vieillissement aura perdu une intelligence antérieure normale.

Quelques considérations sur les causes :

  1. Causes d’origines sociales ou affectives :
    – Un Environnement stimulant défaillant (maltraitance)
    – Des Carences affectives importantes
    – Un Milieu économiquement défavorisé
  2. Causes d’origines organiques :
    Elles relèvent d’anomalies génétiques, de séquelles d’accidents ou de maladie
    • Au moment de la fécondation : exemple, les aberrations chromosomiques. La plus connue est l’anomalie dans la division du chromosome 21 qui est à l’origine de l’enfant dit trisomique.
    • Pendant la gestation. Le système nerveux du fœtus peut être altéré au moment même de sa constitution, par des infections ou des maladies contractées par la mère : rubéole, empoisonnements médicamenteux, drogues…
    • A la naissance : cerveau non suffisamment irrigué pendant l’accouchement, forceps…
    • Après la naissance : Le cerveau de l’enfant jusque vers 2 ans est particulièrement fragile, et toute agression laisse des traces plus ou moins profondes (ex : la méningite).

Tous ces accidents qui atteignent l’enfant au moment même où il se construit laisseront des traces plus ou moins graves et ne lui permettront pas de vivre tout- à -fait comme les autres. Sur le handicap mental peuvent se greffer des handicaps annexes : Surdité, malvoyance, difficultés motrices.

Dans le quotidien par quoi se caractérise la personne handicapée mentale ?

  • La personnalité est souvent complexe et on remarque des dysharmonies frappantes entre l’âge réel, qui se traduit par l’aspect extérieur, et l’âge mental trahi par des réactions puériles et souvent peu conformes aux normes sociales.
  • La pensée reste souvent très infantile et très axée vers le concret et l’immédiat. Ils raisonnent peu et n’arrivent pas très bien à analyser ni à synthétiser leurs idées.
  • Le retard de développement s’accompagne de caractéristiques comportementales particulières : marque de sympathie excessive ou l’inverse, de l’agressivité.

Face à l’apprentissage on constate que :

  • L’attention est peu soutenue
  • La sélection des informations n’est pas toujours pertinente
  • La perception de l’environnement est parcellaire
  • La mémoire souvent défaillante
  • Le contrôle des mouvements difficiles
  • La mémorisation limitée

Cette litanie des manques ou des incapacités ne doit pas nous faire déboucher dans une impasse, elle doit au contraire nous aiguillonner dans la recherche des possibilités manifestées par le sujet.

Dans le mot déficience transparaît le mot efficience.

A priori les personnes handicapées mentales peuvent pratiquer les activités de tout un chacun.
Alors pourquoi pas la magie ? Le cercle magique a osé le proposer et cela semble marcher…
Depuis 2015 nous intervenons une fois par semaine pour une durée de 2 heures, de septembre à mars dans un établissement spécialisé du nord de l’Alsace…
Une dizaine d’adolescents et adultes participent à ce projet. Les objectifs étant de travailler l’expression verbale, le sens critique, l’observation et la prise de parole en publique.
Matériel utilisé : jeu de cartes, foulards, fantasta etc…

Cette démarche vise la détente, le plaisir personnel, la rencontre, et ceci pour aboutir à l’élaboration d’un spectacle constitué de plusieurs saynètes autour de la prestidigitation.

Certains de nos virtuoses de l’illusion sont fin prêts à « affronter » le public. Ils ont déjà participé aux animations de la fête annuelle, de fêtes de Noël de l’établissement spécialisé…Ils ont participé aux 5èmes journées internationales d’éthique en faisant une animation « close up » lors du dîner de gala (Un sacré défi !!!). Un déplacement à Paris leur a permis de découvrir un cabaret de magie réputé dans lequel ils ont fait une prestation remarquée devant une cinquantaine de spectateurs.

Vivre avec un manque ne veut pas dire manquer de vivre. Lorsqu’un individu ne jouit pas de toutes les compétences possibles, nous l’aidons à utiliser et à développer au mieux celles qu’ils possèdent sans l’amener à souffrir de celles qu’il n’atteindra jamais.

Quelles sont les voies de la réussite ?

Voici quelques pistes :

  • S’entourer de compétences (ex : un magicien + un éducateur)
  • Être convaincu que tout être humain est capable de progrès
  • Mettre en place des actions pédagogiques adaptées aux capacités de chaque participant
  • Mettre en place des outils amplificateurs qui amènent à la réussite (ex : tapis de close up délimitant un espace)
  • Utiliser un langage simple mais pas enfantin
  • Formuler des questions concises et concrètes
  • Utiliser des supports pour faire comprendre les demandes (photos, vidéo…) ou montrer concrètement la tâche à réaliser
  • Souligner la réussite
  • Relativiser l’échec

Reste à répondre à la question existentielle suivante :

« L’homme que le hasard ou la nature a marqué, pourquoi faut-il que toutes ses autres vertus en soient obscurcies dans le regard des autres » (Shakespeare). Cela date…mais reste valable !!!


Quelques images de nos artistes et de leurs encadrants

                                                                                                                                                                                             Jean-Pierre ECKLY